Rousseau et les Romantiques à Meillerie - la Nouvelle Héloïse

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Jean Jacques Rousseau par Quentin de la Tour

Pastel, 46 x 37 cm - Genève, Musée d'Art et d'Histoire

 

 

2012, tricentenaire de la naissance de Jean-Jacques Rousseau (né le 28 juin 1712)

 

 

 

Illustrations de la visite de Julie à Meillerie guidée par Saint-Preux dans le roman de 

Jean-Jacques Rousseau    

La Nouvelle Héloïse

Roman qui fut le plus grand événement littéraire

du XVIII ème siècle et le modèle de tous les Romantiques

 

 

 

 

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La promenade en barque de Julie et St Preux avant de prendre terre à Meillerie, suite à un coup de vent ( le Séchard)

tableau de Le Prince  1824   Source: Musée J.J. Rousseau à Montmorency

 

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Julie ou la nouvelle Héloïse

 

Meillerie et JJ Rousseau (cliquez pour clip Youtube)

 

Extraits de la Nouvelle Héloïse  (quatrième partie  lettre XVII)

Tandis que nous nous amusions agréablement à parcourir ainsi des yeux les côtes voisines , un séchard , qui nous poussait de biais vers la rive opposée, s'éleva, fraîchit considérablement ; et quand nous songeâmes à revirer, la résistance se trouva si forte qu'il ne fut plus possible à notre frêle bateau delà vaincre. Bientôt les ondes devinrent terribles : il fallut regagner la rive de Savoie , et tâcher d'y prendre terre au village de Meillerie qui était vis-à-vis de nous , et qui est presque le seul lieu de cette côte ou la grève offre un abord commode. Mais le vent ayant changé se renforçait, rendait inutiles les efforts de nos bateliers, et nous faisait dériver plus bas le long d'une file de rochers escarpés où l'on ne trouve plus d'asile.

 

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Nous nous mîmes tous aux rames; et presque au même instant j'eus la douleur de voir Julie saisie du mal de cœur, faible et défaillante au bord du bateau. Heureusement elle était faite à l'eau, et cet état ne dura pas. Cependant nos efforts croissaient avec le danger ; le soleil, la fatigue et la sueur, nous mirent tous hors d'haleine et dans un épuisement excessif : c'est alors que, retrouvant tout son courage, Julie animait le nôtre par ses caresses compatissantes; elle nous essuyait indistinctement à tous le visage , et mêlant dans un vase du vin avec de l'eau de peur d'ivresse, elle en offrait alternativement aux plus épuisés. Non , jamais votre adorable amie ne brilla d'un si vif éclat que dans ce moment où la chaleur et l'agitation avaient animé son teint d'un plus grand feu ; et ce qui ajoutait le plus à ses charmes était qu'on voyait si bien à son air attendri que tous ses soins venaient moins de frayeur pour elle que de compassion pour nous. Un instant seulement deux planches s'étant entr’ouvertes , dans un choc qui nous inonda tous , elle crut le bateau brisé; et dans une exclamation de cette tendre mère j'entendis distinctement ces mots : O mes enfants ! faut-il ne vous voir plus ? Pour moi dont l'imagination va toujours plus loin que le mal, quoique je connusse au vrai l'état du péril, je croyais voir de moment en moment le bateau englouti, cette beauté si touchante se débattre au milieu des flots , et la pâleur de la mort ternir les roses de son visage.

Enfin à force de travail nous remontâmes à Meillerie, et, après avoir lutté plus d'une heure à dix pas du rivage , nous parvînmes à prendre terre. En abordant, toutes les fatigues furent oubliées. Julie prit sur soi la reconnaissance de tous les soins que chacun s'était donnés ; et comme au fort du danger elle n'avait songé qu'à nous, à terre il lui semblait qu'on n'avait sauvé qu'elle.

Nous dînâmes avec l'appétit qu'on gagne dans un violent travail. La truite fut apprêtée. Julie qui l'aime extrêmement en mangea peu; et je compris que , pour ôter aux bateliers le regret de leur sacrifice, elle ne se souciait pas que j'en mangeasse beaucoup moi-même. Mylord, vous l'avez dit mille fois , dans les petites choses comme dans les grandes cette âme aimante se peint toujours.

Après le dîner, l'eau continuant d'être forte et le bateau ayant besoin de raccommoder, je proposai un tour de promenade. Julie m'opposa le vent, le soleil, et songeait à ma lassitude. J'avais mes vues ; ainsi je répondis à tout. Je suis, lui dis-je, accoutumé dès l'enfance aux exercices pénibles ; loin de nuire à ma santé ils l'affermissent, et mon dernier voyage m'a rendu bien plus robuste encore. A l'égard du soleil et du vent, vous avez votre chapeau de paille ; nous gagnerons des abris et des bois ; il n'est question que de monter entre quelques rochers ; et vous qui n'aimez pas la plaine en supporterez volontiers la fatigue. Elle fit ce que je voulais, et nous partîmes pendant le dîner de nos gens.

Vous savez qu'après mon exil du Valais je revins il y a dix ans à Meillerie attendre la permission de mon retour. C'est là que je passai des jours si tristes et si délicieux, uniquement occupé d'elle, et c’est de là que je lui écrivis une lettre dont elle fut si touchée. J'avais toujours désiré de revoir la retraite isolée qui me servit d'asile au milieu des glaces , et où mon cœur se plaisait à converser en lui-même avec ce qu'il eut de plus cher au monde. L'occasion de visiter ce lieu si chéri dans une saison plus agréable , et avec celle dont l'image l'habitait jadis avec moi, fut le motif secret de ma promenade. Je me faisais un plaisir de lui montrer d'anciens monuments d'une passion si constante et si malheureuse.

nouvelle-heloise-rocher-de-meillerie-livre-edition-du-xviiieme-collection-jc-deroudilhe.jpg                                       Nouvelle Heloïse Julie à Meillerie

Nous y parvînmes après une heure de marche par des sentiers tortueux et frais , qui, montant insensiblement entre les arbres et les rochers, n'avaient rien de plus incommode que la longueur du chemin. En approchant et reconnaissant mes anciens renseignements, je fus prêt à me trouver mal ; mais je me surmontai, je cachai mon trouble , et nous arrivâmes. Ce lieu solitaire formait un réduit sauvage et désert, mais plein de ces sortes de beautés qui ne plaisent qu'aux âmes sensibles, et paraissent horribles aux autres. Un torrent formé par la fonte des neiges roulait à vingt pas de nous une eau bourbeuse, et charriait avec bruit du limon, du sable et des pierres. Derrière nous une chaîne de roches inaccessibles séparait l'esplanade où nous étions de cette partie des Alpes qu'on nomme les Glacières, parce que d'énormes sommets de glaces qui s'accroissent incessamment les couvrent depuis le commencement du monde . Des forêts de noirs sapins nous ombrageaient tristement à droite. Un grand bois de chênes était à gauche au-delà du torrent ; et au-dessous de nous cette immense plaine d'eau que le lac forme au sein des Alpes nous séparait des riches côtes du pays de Vaud , dont la cime du majestueux Jura couronnait le tableau

Au milieu de ces grands et superbes objets, le petit terrain où nous étions étalait les charmes d'un séjour riant et champêtre ; quelques ruisseaux filtraient à travers les rochers, et roulaient sur la verdure en filets de cristal ; quelques arbres fruitiers sauvages penchaient leurs têtes sur les nôtres; la terre humide et fraîche était couverte d'herbe et de fleurs. En comparant un si doux séjour aux objets qui l'environnaient, il semblait que ce lieu désert dût être l'asile de deux amants échappés seuls au bouleversement de la nature.…

…On n'y voyait alors ni ces fruits ni ces ombrages , la verdure et les fleurs ne tapissaient point ces compartiments , le cours de ces ruisseaux n'en formait point les divisions , ces oiseaux n'y faisaient point entendre leurs ramages ; le vorace épervier, le corbeau funèbre, et l'aigle terrible des Alpes , faisaient seuls retentir de leurs cris ces cavernes; d'immenses glaces pendaient à tous ces rochers , des festons de neige étaient le seul ornement de ces arbres; tout respirait ici les rigueurs de l'hiver et l'horreur des frimas; les feux seuls de mon cœur me rendaient ce lieu supportable, et les jours entiers s'y passaient à penser à toi. Voilà la pierre où je m'asseyais pour contempler au loin ton heureux séjour; sur celle-ci fut écrite la lettre qui toucha ton cœur; ces cailloux tranchants me servaient de burin pour graver ton chiffre; ici je passai le torrent glacé pour reprendre une de tes lettres qu'emportait un tourbillon ; là je vins relire et baiser mille fois la dernière que tu m'écrivis ; voilà le bord où d'un œil avide et sombre je mesurais la profondeur de ces abîmes ; enfin ce fut ici qu'avant mon triste départ je vins te pleurer mourante et jurer de ne pas te survivre.

 

22-27 septembre 1754 - J.J.Rousseau visite les sites de son futur roman autour du lac Léman (Meillerie)

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Une évocation de l'homme et de son oeuvre

 "Le commencement d'un monde"

un film en DVD de Fabien Trémeau et Ossian Gani

avec le philosophe Dominique Pagani

tourné en partie à Meillerie

 

 

 

             La Pierre de Jean-Jacques Rousseau à Meillerie et deux  Nouvelles Héloïse,

            pierre située au dessus du village avec vue sur le lac Léman et Clarens en Suisse 

 

 

 

 

Jean-Jacques Rousseau fut aussi un théoricien et un compositeur de musique

 

 

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J. J. Rousseau - Le Devin du village (1752)   (enregistrement sur youtube, cliquez sur l'image)

un intermède (petit Opéra) en un acte

 

Extrait d'Avril sur un poème de Rémy Belleau poète du XVIIIème siécle

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ROUSSEAU fut  le précurseur des romantiques qui vinrent nombreux en "pèlerinage" à Meillerie

Alphonse de Lamartine

Extrait

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Chateaubriand Poésies diverses

 

Les Alpes ou l’Italie

 


Donc reconnaissez-vous au fond de vos abîmes
Ce voyageur pensif,
Au cœur triste, aux cheveux blanchis comme vos cimes,
Au pas lent et tardif ?

Jadis de ce vieux bois, où fait une eau limpide,
Je sondais l'épaisseur
Hardi comme un aiglon, comme un chevreuil rapide,
Et gai comme un chasseur.

Alpes, vous n'avez point subi mes destinées !
Le temps ne vous peut rien;
Vos fronts légèrement ont porté les années
Qui pèsent sur le mien.

Pour la première fois, quand, rempli d'espérance,
Je franchis vos remparts,
Ainsi que l'horizon, un avenir immense
S'ouvrait à mes regards.

L'Italie à mes pieds, et devant moi le monde,
Quel champ pour mes désirs !
Je volai, j'évoquai cette Rome féconde
En puissants souvenirs.

Du Tasse une autre fois je revis la patrie :
Imitant Godefroi,
Chrétien et chevalier, j'allais vers la Syrie
Plein d'ardeur et de foi.

Ils ne sont plus ces jours que point mon cœur n'oublie,
Et ce cœur aujourd'hui
Sous le brillant soleil de la belle Italie,
Ne sent plus que l'ennui.

Pompeux ambassadeurs que la faveur caresse,
Ministres, valez-vous
Les obscurs compagnons de ma vive jeunesse
Et mes plaisirs si doux ?

Vos noms aux bords riants que l'Adige décore
Du temps seront vaincus,
Que Catulle et Lesbie enchanteront encore
Les flots du Bénacus.

Politiques, guerriers, vous qui prétendez vivre
Dans la postérité,
J'y consens : mais on peut arriver sans vous suivre,
A l'immortalité.

J'ai vu ces fiers sentiers tracés par la Victoire,
Au milieu des frimas,
Ces rochers du Simplon que le bras de la Gloire
Pendit pour nos soldats :

Ouvrage d'un géant, monument du génie,
Serez-vous plus connus
Que la roche où Saint-Preux contait à Meillerie
Les tourments de Vénus ?

Je vous peignis aussi, chimère enchanteresse,
Fictions des amours !
Aux tristes vérités le temps, qui fuit sans cesse,
Livre à présent mes jours.

L'histoire et le roman font deux parts de la vie,
Qui si tôt se ternit :
Le roman la commence, et lorsqu'elle est flétrie
L'histoire la finit.

 

1822.

 

           Victor Hugo        

  Extrait

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En 1816 Lord Byron et le poète anglais Shelley ont failli se noyer avec une barque à Meillerie

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Lord Byron : note de Childe-Harold - chant troisième

 

Goethe pleura en arrivant à Meillerie

Chateaubriand et Stendhal firent le détour par Meillerie

Léon Tolstoï passa à Meillerée (ancienne orthographe de Meillerie) le 13 mai 1857

 

 

 

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